Zenzile

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groupe1988. Au stade de France, Zinedine Zidane fait des merveilles. A Angers, de jeunes musiciens offrent au dub sa résurrection d’un autre Z qui veut dire Zenzile. La version instrumentale du reggae, invention de sorciers jamaïcains du son, truffée d’écho et de reverb, a presque sombré dans l’oubli. Elle a davantage besoin de promotion que la bande à Zizou. Depuis quelque temps déjà, Zenzile mijote l’affaire dans son local de répétition. Il la prend définitivement en main avec le bien nommé « Dub Promozione », EP 4 titres qui jette les bases d’une épopée toujours aussi savoureuse après seize ans d’exercice. Basse ronde et martiale, guitare tranchante, batterie métronomique aux syncopes franches, claviers friands d’effets, melodica… Aucun doute : l’acte de naissance de Zenzile est frappé du sceau reggae. Sorti dans la confidentialité, ce quasi inédit méritait l’exhumation. Au même titre que les trois « hors séries » que le groupe enregistrera quelques années plus tard comme autant d’intermèdes entre deux albums.

« Votre histoire ne peut pas marcher, il n’y a pas de chant » s’entend répéter Zenzile depuis sa naissance. Le chant, ou plutôt les chanteurs, les membres du groupe y ont goûté individuellement. Plus jamais çà ! Le hasard brisera le « pacte ». Invités à se produire trois soirs à Londres, Zenzile doit se plier aux conditions du promoteur : accepter qu’une jeune poétesse américaine pose, en live, ses mots sur sa musique. Aux grimaces du départ succède le sourire. Jamika inaugure le concept « 5 + 1 » -soit 5 musiciens + 1 voix – en 1999, entre le premier album « Sachem in Salem » et le second « Sound Patrol ». Zenzile y gagne une nouvelle couleur, une remarquable souplesse comme en témoignent les deux remixes phénoménaux de « Love child », et surtout une guest devenue aujourd’hui membre permanent.

Deux ans plus tard, quelques mois avant la parution de l’album « Totem », l’ami Jean Gomis, alias Sir Jean, chanteur de la formation lyonnaise Meï Teï Shô sera le second « +1 ». Et encore une fois, Zenzile sort grandi de l’expérience, Sir Jean conduisant le groupe vers des tonalités africaines qui enrichissent sa palette sonore.

En 2003, enfin, le quintette angevin enregistre, en deux heures chrono, un troisième volet de ces rencontres musicales avec Vincent Segal. Le virtuose du violoncelle invite, entre autres, Zenzile à visiter l’Orient et explorer des sonorités plus électroniques. « Gros bosseur, généreux, obsessionnel, cultivé, intarissable », selon les mots des musiciens, Segal va booster le groupe, le pousser à atteindre cette perfection qui caractérise ses derniers travaux, l’album « Pawn Shop » ou le ciné-concert « Le Cabinet du Dr Caligari ».

Trois disques épuisés, trois pochettes rouge, verte et jaune (qui marquent l’attachement de la bande à ce reggae fondateur), le EP de la genèse et des inédits de la période « Sound Patrol » : les fidèles de Zenzile méritaient bien ce coffret autant destiné à compléter la collection capitale du groupe français le plus singulier de la décennie écoulée, qu’à comprendre son passionnant cheminement.

Frédéric Péguillan

 

 



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