Louis-Jean Cormier


On l’avait quitté dans un registre de songwriting moins aérien, davantage axé sur les guitares. On le retrouve ici extatique, plein de souplesse dans les textures de ses morceaux, en quête d’élans de renouveau. Louis-Jean Cormier a troqué ses habituelles six cordes pour renouer une idylle avec le piano, son premier instrument. Le chanteur de la Belle-Province a profité d’une éclipse plus longue qu’à l’accoutumée – cinq ans entre Les grands artères et ce disque – pour casser les codes de son processus d’écriture. Lui dit s’être accordé un congé sabbatique. À ne pas confondre avec inertie. S’il a pris la poudre d’escampette pour atterrir en Éthiopie, en Grèce ou Los Angeles, ce dépositaire d’un savoir-faire toujours chic ne s’est pourtant pas totalement égaré des chemins du studio. On l’aura vu co-réaliser l’album d’une légende de la chanson Petula Clark, composer une musique du film, collaborer à la création d’un spectacle du Cirque Eloize. Au Québec, il y aura eu aussi quelques dates où la formation originelle de Karkwa, son groupe initial et l’une des plus belles familles du rock de ces vingt dernières années, a croisé le fer avec la bande à Patrick Watson. Une tribu aux devoirs soniques traités avec un sérieux et une insouciance exemplaires, aux exigences particulièrement élevées. Cette dynamique-là, elle est bel et bien dans l’ADN d’un Louis-Jean Cormier autant aquarelliste que chimiste. Prolifique devant son piano, il a donné naissance à une vingtaine de titres.

Quand la nuit tombe, sa troisième échappée solo, est une éclatante palette de sentiments, de tons, d’atmosphères : des montées intenses, des contre-pieds, des routes escarpées, des morsures brûlantes, le baume de la mélancolie. Un art qui s’affine ainsi dans l’équilibre entre joliesses et torsions, organique et électronique. En découlent des chansons foisonnantes et riches, un percutant dédale pop dans lequel il est bon de s’abandonner. Louis-Jean Cormier tente de sauter les obstacles des amours à distance (100 mètres haies), s’acoquine avec le slameur David Goudreault pour dénoncer le racisme encore ambiant (Les poings ouverts, impulsé par une rythmique de jazz éthiopien), adresse une missive à son père – ancien prêtre – dans laquelle il se tourmente du côté sombre des religions (Croire en rien), ou pointe du doigt la célébration de l’ego et l’intransigeance qui pullulent sur les réseaux sociaux (Je me moi). C’est un disque de cœur battant et de flux bouillonnants. C’est surtout un disque où tous les voyants sont au vert pour que la taille de son fan-club hexagonal s’agrandisse considérablement. Une bonne fois pour toutes.



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