SAAVAN

 

 

 

 

 

 

Comprendre Chapters nécessite de prendre la mesure de Saavan, ce duo qui, après deux EP’s (Slow, Observatory) et quelques tubes d’électro-pop (« Flown »), a pris le temps de peaufiner un son aux vertus bienfaitrices et rejoint les rangs de Yotanka.
C’était en 2021, à l’occasion de la compilation Lost In The Swell : le feeling est bon, il y a l’envie de collaborer ensemble et, surtout, la confiance d’un label qui croit illico au potentiel de séduction des cinquante démos envoyées par Lucas Mokrani et Claire Lengaigne, ces deux nordistes aujourd’hui installés à Paris en quête de sensations inédites, de certitudes et de ces compositions qu’ils envisagent comme un refuge à l’abri du monde. « Cette signature nous a reboosté, explique Lucas. Ça nous a donné un cadre, l’envie de retravailler les morceaux, et d’en composer de nouveaux, toujours animé par cette dualité entre un son très chill, presque solaire, et des paroles qui posent un regard doux-amer sur le monde extérieur. »

C’est là toute la beauté des morceaux de Saavan : cet équilibre constant entre la légèreté et la mélancolie, ces nappes chaleureuses et pourtant désabusées, cette aisance à orchestrer la rencontre entre des univers a priori opposés. Il y a ainsi du Floating
Points, du Four Tet et du Bonobo dans cette façon d’envisager chaque mélodie comme un appel aux voyages, voire même du Tame Impala ou The xx dans cette science du refrain pop. Il y a aussi du Charles Bukowski et du Jack Kerouac dans ces textes qui,
bien que remplis d’espoir, charrient leur lot de désillusions. À l’image de « Our Poem », l’ultime piste de Chapters où Lucas emprunte son style à la Beat Generation : « Ça s’entend notamment dans la façon de faire sonner les syllabes, de mettre en forme des phrases qui ne se terminent jamais vraiment, sans point ni virgule. Tout simplement parce qu’on partage avec eux ce goût du sale, du crade, qui tranche avec la douceur de nos mélodies. »

À l’écoute de Chapters, l’idée a également été d’emmener ailleurs ce style si caractéristique, luxuriant et fragile, qui incite à regarder différemment les paysages qui nous entourent. D’où le titre de ce premier album, qui rappelle que Saavan ne serait se li-
miter à de jolies mélodies, à très forte teneur en frissons et émotions. C’est un univers à part entière, extrêmement visuel et découpé ici en différentes parties. Passées les trois premières chansons de Chapters, portées par l’évidente efficacité de « Home-
town », la musique du duo se renouvèle avec un naturel étonnant. À l’image de « Hollow », dans lequel serpente une rage contenue, la nécessité de formuler une réflexion sur la marche du monde. Avant, en fin d’album, de revenir à ces confessions intimes qui scient à merveille à ces compositions élégantes, jamais tapageuses, faite de ritournelles accrocheuses, d’orchestrations et d’harmonies invitant l’auditeur à plonger dans un état de complète félicité.



DISCOGRAPHIE