« Take a Ride »
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Plus de dix ans déjà qu’ils forment le noyau dur de Meï Teï Shô. Des kilomètres de concerts que le bassiste Boris Kulenovic et le batteur Germain Samba déforment à l’envie les rythmiques, histoire de poser de nouveaux jalons et de s’inventer un univers en ébullition, à des années-lumière d’une planète musique dûment calibrée. A chaque fois, il s’agit d’outrepasser les frontières, de dépasser les œillères. Afro-rock balkanique, jazz cosmique, hip-hop ésotérique, funk supersonique, dub stratosphérique, soul tellurique, pop énergétique, leurs sources d’aspiration s’entrechoquent dans leur drôle d’alambic pour faire jaillir des vibrations éclectiques, une bande-son alchimique tendance plus l’infini. Avec Meï Teï Shô, les multiples matières premières sont désossées, concassées et malaxées pour créer un matériau singulier. Deux galettes en forme d’ovnis, deux maxis et deux live au compteur, les revoilà donc aux commandes d’un nouvel objet sonore, un projet initié par cette paire, toujours branchée par les rythmiques impaires et structures asymétriques. Autour des deux Lyonnais aux appellations d’origine métissée – bosniaque pour Boris, centrafricaine pour Germain –, gravite désormais une nouvelle équipe, des hommes et des femmes aux identités tout aussi transitoires, entendez « créolisées ». A l’image de ces voix qui en disent long sur les nouvelles orientations, chants entêtants comme autant de champs d’exploration.
Quant au claviériste Eric Teruel, il s’impose comme le troisième homme du projet. Son Fender Rhodes complète la paire rythmique, ajoute des couleurs primordiales à la palette harmonique et de subtiles touches plus mélodiques. Chroniques à l’humour acide et sulfureux billets d’humeur sur une société en faillite, pub japoniaise rétro-futuriste samplée et infos françaises détournées, scansions dérapantes et chansons décapantes, refrain sur du velours et couplet plus coup de poing sur les hics, la plupart des textes traduisent la volonté d’en découdre, encore et toujours. Simplement, aux longues complaintes du passé, Meï Teï Shô a choisi cette fois la voie de la concision, sans oublier, bien au contraire, le postulat initial tel que suggéré dans leur appellation contrôlée : Meï Teï Shô n’est-il pas un terme japonais censé décrire l’état de transe suite à une surconsommation de riz !?



